CAMUS : LE MYTHE DE SISYPHE (1942)
La notion d’absurde et le rapport entre l’absurde et le suicide forment le sujet de cet essai. Une fois reconnu le divorce entre son désir raisonnable de compréhension et de bonheur et le silence du monde, l’homme peut-il juger que la vie vaut la peine d’être vécue ? Telle est la question fondamentale de la philosophie. Mais si l’absurde m’apparaît évident, je dois le maintenir par un effort lucide et accepter en le vivant de vivre. Ma révolte, ma liberté, ma passion seront ses conséquences. Assuré de mourir tout entier, mais refusant la mort, délivré de l’espoir surnaturel qui le liait, l’homme va pouvoir connaître la passion de vivre dans un monde rendu à son indifférence et à sa beauté périssable. Les images de Don Juan, du comédien, de l’aventurier illustrent la liberté et la sagesse lucide de l’homme absurde. Mais la création – une fois admis qu’elle peut ne pas être – est pour lui la meilleure chance de maintenir sa conscience éveillée aux images éclatantes et sans raison du monde. Le travail de Sisyphe qui méprise les dieux, aime la vie et hait la mort, figure la condition humaine. Mais la lutte vers les sommets porte sa récompense en elle-même. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Albert Camus
# : absurde, existentialisme, mythologie, philosophie, XXe
CASSIRER : PHILOSOPHIE DES FORMES SYMBOLIQUES (T.1-3, 1923-29, 1972)
1. Le langage ; 2. La pensée mythique ; 3. La phénoménologie de la connaissance
La philosophie des formes symboliques est une tentative pour fonder une philosophie de la culture – la culture non seulement entendue comme la pensée théorique et l’activité artistique, mais aussi comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l’usage de l’outil et les troubles du langage (tome i) que les cérémonies religieuses et l’organisation d’une cité (tome ii) ou la pensée scientifique et ses catégories (tome iii). Il s’agit pour Cassirer d’écarter à la fois la spéculation philosophique du xixe siècle avec son discours historique sur l’absolu (même si Hegel et Schelling sont souvent présents dans le discours cassirérien), et la psychologie empirique qui rapporte l’ensemble des productions humaines à certains lois de la « nature humaine ». dans un projet qui n’est pas sans rappeler Husserl, Cassirer entreprend de fonder un discours rigoureux sur les manifestations culturelles de l’homme (ce qu’il appelle une « phénoménologie de la culture« ) qui ne rapporterait pas celles-ci à « autre chose« , à un terme substantiel, une instance ultime et extérieure. Le langage, par exemple, doit être compris en tant que tel, dans la spécificité de sa nature et par sa légalité propre…

CHEVALIER ET GHEERBRANT : DICTIONNAIRE DES SYMBOLES (2000)
C’est trop peu de dire que nous vivons dans un monde de symboles, un monde de symboles vit en nous. De la psychanalyse à l’anthropologie, de la critique d’art à la publicité et à la propagande idéologique ou politique, sciences, arts et techniques essaient de plus en plus aujourd’hui de décrypter ce langage des symboles, tant pour élargir le champ de la connaissance et approfondir la communication que pour apprivoiser une énergie d’un genre particulier, sous-jacente à nos actes, à nos réflexes, à nos attirances et répulsions, dont nous commençons à peine à deviner la formidable puissance. Des années de réflexions et d’études comparatives sur un corpus d’informations rassemblées par une équipe de chercheurs, à travers des aires culturelles recouvrant la durée de l’histoire et l’étendue du peuplement humain, les auteurs ont tenté de donner à voir le cours profond du langage symbolique, tel qu’il se ramifie dans les strates cachées de notre mémoire. Chacun sentira bien l’importance de ce Dictionnaire. Plus de mille six cents articles, reliés par des comparaisons et des renvois, souvent restructurés à la suite d’une longue maturation, permettent de mieux approcher la nudité du symbole, que la raison dans sa seule mouvance ne parviendrait pas à saisir. Cette somme unique ouvre les portes de l’imaginaire, invite le lecteur à méditer sur les symboles, comme Bachelard invitait à rêver sur les rêves, afin d’y découvrir la saveur et le sens d’une réalité vivante.
# : ésotérisme, franc-maçonnerie, mythologie, religion, sémiologie, symbolsime, XXe
COMPTE-SPONVILLE : DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE (2013)
« J’aime les définitions. J’y vois davantage qu’un jeu ou qu’un exercice intellectuel : une exigence de la pensée. Pour ne pas se perdre dans la forêt des mots et des idées. Pour trouver son chemin, toujours singulier, vers l’universel. La philosophie a son vocabulaire propre : certains mots qui n’appartiennent qu’à elle, d’autres, plus nombreux, qu’elle emprunte au langage ordinaire, auxquels elle donne un sens plus précis ou plus profond. Cela fait une partie de sa difficulté comme de sa force. Un jargon ? Seulement pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui s’en servent mal. Voltaire, à qui j’emprunte mon titre, a su montrer que la clarté, contre la folie des hommes, était plus efficace qu’un discours sibyllin ou abscons. Comment combattre l’obscurantisme par l’obscurité ? La peur, par le terrorisme ? La bêtise, par le snobisme ? Mieux vaut s’adresser à tous, pour aider chacun à penser. La philosophie n’appartient à personne. Qu’elle demande des efforts, du travail, de la réflexion, c’est une évidence. Mais elle ne vaut que par le plaisir qu’elle offre : celui de penser mieux, pour vivre mieux. C’est à quoi ces 2 267 définitions voudraient contribuer. »
# : philosophie, XXe, France
COYAUD : FOURMIS SANS OMBRES. LE LIVRE DU HAÏKU (1999)
Réédition d’un classique qui enchanta Roland Barthes, où poésie et impertinence cheminent d’un même pas. Les haïkistes nippons, dont Maurice Coyaud a rassemblé ici le plus large florilège, notaient volontiers leurs petits poèmes – trois vers, c’est tout – en marge du récit de leurs randonnées, comme autant de pauses, de points de suspension. M. Coyaud procède à leur manière. Son anthologie n’en est pas vraiment une et c’est tant mieux ; elle prend forme de promenade, de libre divagation à travers le japon éternel. Écoutons ces voix qui nous disent que la poésie, même si elle n’est jamais que l’autre nom de l’indicible, ne loge pas au temple que l’on croit : elle suit les chemins vicinaux, dort dans les fossés et chausse les savates de tout le monde. elle ne cherche rien (puisque chercher est l’un des meilleurs moyens de ne rien trouver), donnant secrètement raison au sage qui nous prévient narquoisement : « Quand vous regardez, contentez-vous de regarder. Si vous réfléchissez, vous mettez déjà hors de la cible.«
# : haiku, Japon, XXe, poésie, traduction
CYRULNIK : LE LABOUREUR ET LES MANGEURS DE VENT. LIBERTÉ INTÉRIEURE ET CONFORTABLE SERVITUDE (2022)
À 7 ans, j’ai été condamné à mort pour un crime que j’ignorais. Ce n’était pas une fantaisie d’enfant qui joue à imaginer le monde, c’était une bien réelle condamnation.
B. C.
Boris Cyrulnik a échappé à la mort que lui promettait une idéologie meurtrière. Un enfant qu’on a voulu tuer et qui toute sa vie a cherché à comprendre pourquoi, pourquoi une telle idéologie a pu prospérer. Pourquoi certains deviennent-ils des «mangeurs de vent», qui se conforment au discours ambiant, aux pensées réflexes, parfois jusqu’à l’aveuglement, au meurtre, au génocide ? Pourquoi d’autres parviennent-ils à s’en affranchir et à penser par eux-mêmes ? Certains ont tellement besoin d’appartenir à un groupe, comme ils ont appartenu à leur mère, qu’ils recherchent, voire chérissent, le confort de l’embrigadement. Ils acceptent mensonges et manipulations, plongeant dans le malheur des sociétés entières. La servitude volontaire engourdit la pensée. «Quand on hurle avec les loups, on finit par se sentir loup.» Penser par soi-même, c’est souvent s’isoler. Seuls ceux qui ont acquis assez de confiance en soi osent tenter l’aventure de l’autonomie. Au-delà de l’histoire, c’est notre présent que Boris Cyrulnik éclaire. À travers sa tragique expérience de vie, hors des chemins battus, Boris Cyrulnik nous montre comment on peut conquérir la force de penser par soi-même, la volonté de repousser l’emprise, de trouver le chemin de la liberté intérieure. Un livre profond et émouvant. Un livre fondateur.
# : conscience, neurologie, philosophie, psychanalyse, sciences humaines et sociales, Shoah, XXIe
DAMASIO : LE SENTIMENT MÊME DE SOI ; CORPS, ÉMOTIONS, CONSCIENCE (2002)
Qu’est-ce qui fait de nous des hommes ? Le privilège d’être dotés d’une conscience ? Antonio R. Damasio propose une nouvelle théorie permettant d’expliquer en termes biologiques le sentiment même de soi. Non, la conscience de soi ne tombe pas du ciel. Oui, elle peut s’expliquer, presque se montrer, et nous pouvons la connaître. Nous savons enfin ce que nous sommes et pourquoi.
# : âme, conscience, neurosciences, Steven Laureys, XXe, XXIe
DIEL : PSYCHOLOGIE DE LA MOTIVATION (1947, 2002)
Nos actes dépendent de motivations intimes, mais ces motivations sont trop souvent refoulées, dérobées au contrôle conscient. Dès lors, il convient de les élucider. Comment ? par l’auto-observation, que Paul Diel élève ici au rang de méthode scientifique. « Votre oeuvre, écrira Einstein à Diel en 1935, nous propose une nouvelle conception unifiante du sens de la vie, et elle est à ce titre un remède à l’instabilité de notre époque sur le plan éthique.«

# : Adler, Freud, Jung, motivation, psychanalyse, psychologie, thérapie, XXe
DURRELL : LE QUATUOR D’ALEXANDRIE (1962, 2003)
Principalement écrite en France pendant les années cinquante, cette fresque majestueuse, opulente et sensorielle, tient de la symphonie littéraire. Des femmes et des hommes exceptionnels la peuplent, entre histoires d’amour et événements politiques, avec, à l’arrière-plan, l’exotique et cosmopolite Alexandrie avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans Justine, le premier des quatre romans du Quatuor, on rencontre Darley, un Anglais qui se souvient de sa liaison avec Justine, pourtant mariée à Nessim… Balthazar, le deuxième volet, introduit ce personnage éponyme qui propose à Darley un tout autre angle de vue sur sa liaison ; manifestement, il a été manipulé par Justine et Nessim dans le cadre d’un complot venu de l’étranger… Mountolive, le troisième épisode de la fresque, narre l’histoire de Mountolive, l’ex-amant de la mère de Nessim, devenu ambassadeur anglais en Égypte… Tandis que Clea voit Darley, le narrateur, revenir à Alexandrie…

# : Alexandrie, international, mélancolie, prose poétique, XXe
EILENBERGER : LE TEMPS DES MAGICIENS. 1919-1929, l’invention de la pensée moderne (2019)
1919. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un élan de créativité sans précédent se produit dans l’histoire de la philosophie. Les ouvrages majeurs de Ludwig Wittgenstein, Martin Heidegger, Ernst Cassirer et Walter Benjamin, marquent un tournant de la pensée occidentale qui va façonner la philosophie moderne. Critique de la technologie, crise de la démocratie, repli identitaire, développement durable : pour comprendre et interpréter les grandes questions contemporaines, il faut revenir sur les traces de ces quatre grands penseurs. De l’Autriche à la Forêt-noire en passant par Paris et Berlin, entre biographie et analyse philosophique, Wolfram Eilenberger, qui a été longtemps rédacteur en chef de Philosophie Magazine en Allemagne, retrace de manière très vivante les chemins de réflexion de ces quatre philosophes essentiels.
# : Allemagne, Kant, phénoménologie, philosophie, XXe
EPICURE : LETTRES ET MAXIMES (1992)
La philosophie d’Epicure peut être considérée comme un système à deux foyers, l’un sur la nature nous livre les vérités théoriques fondamentales, l’autre nous fait connaître les conditions des la vie heureuse. La nature n’est créatrice que par ce qu’elle recèle en elle d’aléatoire, ce qui a lieu n’est jamais complètement déterminé par ce qui a eu lieu…
Table des matières
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- Avant-propos
- Introduction : La méthode d’Épicure
- La méthode de Démocrite
- Épicure, la méthode du savoir
- La méthode du bonheur. Commentaire de la Lettre à Ménécée
- ÉPICURE
- Lettre à Hérodote (texte et traduction)
- Notes sur la Lettre à Hérodote
- Lettre à Pythocles (texte, traduction, notes)
- Lettre à Ménécée (texte, traduction, notes)
- Maximes capitales (texte, traduction, notes)
- Sentences vaticanes (texte, traduction, notes)
- Bibliographie
- Index
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# : antiquité, bonheur, épicurisme, joie, philosophie, sagesse, traduction, CONCHE-Marcel
ÉPICURE (approx. 342-270)
GIONO : Le chant du monde (1934, 2000)
Le matin fleurissait comme un sureau.
Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages.
– Voilà qu’il a passé l’époque de verdure, se dit-il.
Il entendait dans sa main la truite en train de mourir. Sans bien savoir au juste, il se voyait dans son île, debout, dressant les bras, les poings illuminés de joies attachées au monde, claquantes et dorées comme des truites prisonnières. Clara, assise à ses pieds, lui serrait les jambes dans ses bras tendres.
# : Manosque, nature, prose poétique, Provence, régionalisme, sauvagerie, Contadour, XXe, pacifisme
GOUGAUD : LE RIRE DE LA GRENOUILLE (2008)
Nous sommes aujourd’hui, face à notre avenir incertain, comme nos ancêtres qui craignaient de ne plus voir le soleil. La réponse à cette peur qui parfois nous agite réside dans les contes et leur sagesse immémoriale. Eux seuls savent transformer les menaces en miracles. Mais encore faut-il les écouter. Fais comme moi, disent ces simples récits. Ne sois rien qu’une conscience éveillée, capable de capter tout ce qui peut la nourrir. La grosse patte du lion ne peut capturer le papillon. Face à la mort, aux pouvoirs, à tout ce qui enferme, sclérose ou pétrifie, sois un papillon. Schéhérazade invente et dit des contes pour tenir la mort à distance. Et la vie prend le dessus. Ainsi les contes ont traversé les pestes, les guerres ou les révolutions. De page en page, Henri Gougaud les interroge et ils lui répondent : Imite-moi et tu survivras. N’aie pas peur de te transformer sans cesse. À la fois drôle et apaisant, ce récit singulier, truffé d’histoires, est un vrai livre de sagesse.

# : conte, conte de fées, patrimoine, sagesse, XXIe
HARRIS : UNE BRÈVE INTRODUCTION À LA CONSCIENCE. RÉFLEXION SUR LE SOI, LE LIBRE-ARBITRE ET L’EXPÉRIENCE DU MONDE (2021)
Qu’est-ce que la conscience ? Comment apparaît-elle ? Pourquoi existe-t-elle ? Est-elle une illusion, ou, au contraire, une propriété de la matière ? L’existence même de la conscience soulève de profonds questionnements. Dans ce petit livre accessible à tous, Annaka Harris nous guide à travers les théories philosophiques et les découvertes scientifiques les plus récentes qui tentent de percer le mystère de la conscience. Véritable réflexion sur le soi, le libre-arbitre et l’expérience ressentie, ce livre questionne nos idées préconçues sur la conscience, et nous propose d’y réfléchir librement, pour autant que nous en soyons capables.
HUGO : LES CONTEMPLATIONS (1856, 1973)
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
« Qu’est-ce que Les Contemplations ? C’est ce qu’on pourrait appeler, si le mot n’avait quelque prétention, Les Mémoires d’une âme. Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenus et rappelés, rayon à rayon, soupir à soupir, et mêlés dans la même nuée sombre. C’est l’existence humaine sortant de l’énigme du berceau et aboutissant à l’énigme du cercueil ; c’est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, l’amour, l’illusion, le combat, le désespoir, et qui s’arrête éperdu au bord de l’infini. Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit du clairon de l’abîme. Une destinée est écrite là jour à jour. »
Victor Hugo

# : paternité, romantisme, XIXe
HUNYADI : FAIRE CONFIANCE À LA CONFIANCE (2023)
A partir d’un exposé pédagogique sur la théorie de la confiance qu’il a été le premier à formuler, l’auteur pose un diagnostic philosophique sur la source des crises que nous devons affronter et offre un outil critique permettant d’entrevoir les alternatives possibles. Il s’agit d’une version pédagogique d’une théorie de la confiance originale, très discutée dans les milieux spécialisés. Après avoir montré l’importance de la confiance dans nos relations avec le monde (et pas seulement avec les personnes !), l’auteur interroge : que fait le numérique à la confiance ? Quel est l’impact du numérique sur les relations de confiance ? A l’aide d’exemples très concrets, Hunyadi montre d’abord que la confiance se définit comme un pari sur les attentes de comportement. En effet, dans la confiance, on s’attend à ce que les autres, mais aussi les choses et les institutions, se comportent d’une certaine manière. La confiance rend donc dépendant et vulnérable, dans un monde au comportement incertain. Or, l’individu moderne n’aime ni être dépendant ni se mouvoir dans un monde incertain ; il aime pouvoir réaliser souverainement ses buts. Il aime la sécurité. Et voici que le numérique lui offre cette sécurité ! Voici en effet un système qui se fait fort d’exécuter ses désirs et ses volontés de la manière la plus rapide et la plus sûre possible. Dans tous les domaines de son expérience, cette satisfaction lui est désormais offerte. Ainsi la confiance est remplacée par la sécurité. Cela est très pratique, bien sûr. Mais cela l’enferme aussi dans sa bulle de satisfaction (ce que l’auteur appelle sa bulle libidinale), et recroqueville son esprit sur lui-même. Avec des conséquences politiques, éthiques, sociétales et anthropologiques que l’auteur résume dans cette formule : « L’obéissance aux machines finira par faire de nous des machines obéissantes.«
HUSTON : L’ESPÈCE FABULATRICE (2008)
« A quoi ça sert d’inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ? » L’Espèce fabulatrice est la réponse à cette question liminaire. Ou l’Art de la fiction, selon Nancy Huston.
# : discours, expérience, formes symboliques, philosophie, XXIe
JANKELEVITCH : LA MUSIQUE ET L’INEFFABLE (1961, 2015)
Il y a dans la musique une double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité. Car la musique est à la fois expressive et inexpressive, sérieuse et frivole, profonde et superficielle ; elle a un sens et n’a pas de sens. La musique est-elle un divertissement sans portée ? ou bien est-elle un langage chiffré et comme le hiéroglyphe d’un mystère ? Ou peut-être les deux ensemble ? Mais cette équivoque essentielle a aussi un aspect moral : il y a un contraste déroutant, une ironique et scandaleuse disproportion entre la puissance incantatoire de la musique et l’inévidence foncière du beau musical.
Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Philosophe, musicien et musicologue, il a occupé la chaire de philosophie morale à la Sorbonne de 1951 à 1979. Il est l’auteur d’une oeuvre considérable, traduite dans le monde entier.
# : Debussy, Ravel, musicologie, philosophie morale, Sorbonne, XXe
JUNG : MA VIE ; SOUVENIRS, RÊVES ET PENSÉES (1991)
«J’ai donc entrepris aujourd’hui, dans ma quatre-vingt-troisième année, de raconter le mythe de ma vie.» C’est au printemps 1957, quatre ans avant sa mort, que C.G. Jung éprouva le besoin de raconter à sa collaboratrice, Mme Aniela Jaffé, ce qu’il considérait comme l’essentiel de son existence et, rédigeant lui-même les passages les plus importants, la chargea de coordonner le tout. Un des grands fondateurs de la psychanalyse se fait le témoin de lui-même. «Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa propre réalisation.» Souvenirs, rêves et pensées est l’auto-analyse d’un des grands rêveurs de l’humanité qui s’explique en même temps sur l’au-delà, les mythes, les symboles, l’inconscient collectif et, jamais plus clairement qu’ici, sur la religion.
# : archétype, Adler, Freud, Diel, psychanalyse, XXe
LAO-TZEU : LA VOIE ET SA VERTU. TAO-TE-KING (1979)
Malgré son contenu très bref, le Tao-tê-king, attribué par la tradition au philosophe Lao-tzeu, a joué un rôle particulièrement important dans l’histoire de la civilisation chinoise. Dès le IV et le IIIe siècle avant J.-C., son influence était considérable. La prodigieuse fortune de Tao-tê-king a été due en partie à sa forme littéraire, et singulièrement au fait qu’il abonde en aphorisme et en paradoxes susceptibles d’être pris soit à la lettre, soit au sens figuré. D’où la possibilité pour les philosophes des écoles les plus diverses de se réclamer du Tao-tê-king ; d’où, aussi, le nombre étonnant de proverbes courants qui sont tirés de ce livre.
# : antiquité, Chine, philosophie, sagesse, taoisme
LAROCHE : DICTIONNAIRE DES CLICHÉS LITTÉRAIRES (2022)
Hervé Laroche s’attaque ici au cliché littéraire qui fleurit [cliché] aujourd’hui. Il lui règle son compte avec un tel brio qu’on n’ose plus, après la lecture de son livre, prendre la plume [cliché], ne serait-ce que pour une banale missive. L’auteur nous ouvre les portes [cliché] de cet univers « littéraire », où l’on savoure au lieu de manger, où l’on étanche sa soif au lieu de boire, où l’on marche sur des cendres encore tièdes, devant des décombres encore fumants, sur des chemins semés d’embûches ou des parcours jonchés d’obstacles…
MARION : L’OURS, L’AUTRE DE L’HOMME (2018)
Bête féroce ou frère de de forêt ? Qu’en est-il de notre rapport avec l’ours qui jadis représentait l’homme resté sauvage et peu à peu s’est vu relégué au rang de créature redoutable ? Qu’avons-nous fait de cet animal complexe aux facettes inexplicables comme son incroyable capacité à jeûner, mystère qui pourrait déboucher sur d’inédites avancées en médecine humaine ? En puisant dans trente ans d’expérience sur la piste de cet animal singulier, Rémy Marion nous invite à partir sur les traces de l’ours brun et de son cousin l’ours polaire, pour réfléchir à une nouvelle relation, plus objective et plus apaisée.
MONTAIGNE : ESSAIS (2002)
Nous devons à André Lanly, éminent philologue et professeur émérite à l’université de Nancy, d’avoir servi l’un des monuments les plus difficiles à déchiffrer de la littérature française en osant lui donner sa forme moderne. C’en est fini des obstacles de l’orthographe, du doute sur le sens des mots, de l’égarement suscité par la ponctuation. Lire ce chef-d’oeuvre devient ici un pur bonheur. «Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence. J’estime qu’il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S’il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l’entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c’est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu’on ne vaut, c’est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n’est jamais matière d’erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n’est pas toujours de la présomption, c’est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l’on est et s’y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c’est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d’appliquer sa pensée à soi. L’orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu’une bien légère part.» Les Essais, Livre II, chapitre VI.

NIETZSCHE : ŒUVRES (2020)
Ce volume contient :
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- Le Gai Savoir ;
- Ainsi parlait Zarathoustra ;
- Par-delà bien et mal ;
- Généalogie de la morale ;
- Le cas Wagner ;
- Le Crépuscule des idoles ;
- L’Antéchrist ;
- Ecce homo ;
- Nietzsche contre Wagner.
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OLAFSDOTTIR : ROSA CANDIDA (2015)
En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.
Un humour baroque et léger irradie tout au long de cette histoire où rien décidément ne se passe comme il faut, ni comme on s’y attend.
Anne Crignon, Le Nouvel Observateur.
Tant de délicatesse à chaque page confine au miracle de cette Rosa Candida, qu’on effeuille en croyant rêver, mais non. Ce livre existe, Auður Ava Ólafsdóttir l’a écrit et il faut le lire.
Valérie Marin La Meslée, Le Point.
