KLINKENBERG : Espace Nord – L’anthologie (1999)

Ce qu’ils en disent…

[LABOR] Dix ans, Cent titres. C’est ce que fête la collection Espace Nord avec le présent volume. L’objectif de cette collection était et continue à être de restituer au public du cap le plus septentrional de la francophonie sa littérature. De la restituer dans sa modernité, son urgence et son actualité. La présente anthologie – qui met 101 auteurs à l’honneur (Charles De Coster, Georges Eekhoud, Emile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Henri Michaux, Alexis Curvers, Marie Gevers, Henry Bauchau, Dominique Rolin etc.) – est sa carte de visite : elle montre comment une littérature toujours en formation et qui a eu ses timidités à illustré des sensibilités et fait valoir des univers que l’on a peu trouvés ailleurs. Les anthologies sont des outils à lire et à faire lire. Elles tracent des pistes, offrent des points de repère : tel fragment de grand roman, tel poème isolé, telle ligne provocante, tel moment suggestif. Ces pistes et ces repères ne veulent rien d’autre qu’éveiller le désir des textes complets. Mais elles ouvrent aussi à des échappées, à des voies de traverse. Sœurs en cela des dictionnaires, d’où l’on sort en ayant trouvé un trésor différent de celui qu’on cherchait, les anthologies participent d’une aventure. C’est à cette aventure qu’espace Nord convie aujourd’hui ses lecteurs.


EAN 9782507002374

KLINKENBERG Jean-Marie, Espace Nord : L’anthologie est paru chez Labor en 1999 et a été réédité chez Luc Pire en 2009. L’ouvrage est aujourd’hui épuisé mais fréquemment disponible en bouquinerie.

FR

EAN 9782507002374

479 pages

Epuisé (en date du 1 janvier 2025)


Ce que nous en disons…

Indispensable (cela vaut la peine de fouiller les bacs des bouquinistes…).

Patrick Thonart


L’auteur…

Jean-Marie Klinkenberg, né le 8 octobre 1944 à Verviers, est un linguiste et sémioticien belge. Professeur à l’université de Liège, il y a enseigné les sciences du langage, et spécialement la sémiotique et la rhétorique, mais aussi les cultures francophones. Il a développé une partie de ses travaux rhétoriques et sémiotiques au sein du Groupe µ.

[ULIEGE.BE] Les recherches de J.-M. Klinkenberg se sont orientées dans deux directions. Celle de la linguistique et de la sémiotique d’une part, celle des cultures francophones d’autre part. Dans la première orientation, il a fait sa marque en rénovant la rhétorique, dès la fin des années 1960, au sein de l’équipe interdisciplinaire mondialement connue sous le nom de Groupe µ, auteur collectif de Rhétorique générale (1970 ; un classique des sciences humaines, traduit en une vingtaine de langues et maintes fois réédité), de Rhétorique de la poésie (1977) et d’autres ouvrages.
Dans la seconde orientation, il a renouvelé l’approche des lettres belges, en envisageant celles-ci dans une optique sociale et institutionnelle, aisément transposable aux autres cultures francophones qu’il a étudiées, comme la québécoise. Il a contribué à dynamiser la recherche dans ces secteurs : il a ainsi été douze année durant président du plus ancien Centre d’Études Québécoises d’Europe, a créé à Liège le Centre d’études de la littérature belge et le Laboratoire des francophonies, et a contribué à fonder l’Association internationale des études québécoises. […] Jean-Marie Klinkenberg est aussi un intellectuel soucieux de mettre son savoir à la disposition de la société : consultant auprès de maisons d’édition (comme Larousse), il a aussi exercé diverses fonctions publiques. Il est par exemple actuellement président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique de Belgique, charge qu’on lui a confiée à trois reprises. Il a également effectué de nombreuses missions d’expertise et de consultance. […] Il est depuis 1996 Membre de l’Académie Royale de Belgique.


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © lesoir.be.


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DE LUCA : Montedidio (2002)

Ce qu’ils en disent…

[GALLIMARD.FR] Dans un quartier populaire de Naples appelé Montedidio, littéralement « la montagne de Dieu », un garçon de treize ans décide d’abandonner l’école pour entamer un apprentissage chez un menuisier, mast’Errico. Dans son atelier, il fait la connaissance de Rafaniello, un cordonnier juif rescapé de la Shoah doté d’une grande sagesse, avec lequel il se lie d’amitié. Confronté à la dureté du monde des adultes, le jeune garçon rêve secrètement de s’envoler loin de Montedidio. Cloué au sol, il réussit malgré tout à s’évader à travers l’écriture : il couche sur le papier ses joies et ses peines, les étranges sensations qu’il éprouve face à son corps d’enfant qui se transforme en celui d’un homme, son amitié avec Rafaniello, et surtout son éveil à l’amour après sa rencontre avec la belle Maria. Un roman d’apprentissage bouleversant et poétique qui a été couronné par le prix Femina étranger en 2002.


DE LUCA Erri (né en 1950), Montedidio est paru chez Gallimard en 2002, dans une traduction de Danièle Valin. Il est disponible en Folio depuis 2003.

IT > FR

EAN 9782070302703

240 pages

Disponible en grand format, ePub et poche.


Bonnes feuilles…

Chacun de nous vit avec un ange, c’est ce qu’il dit, et les anges ne voyagent pas, si tu pars, tu le perds, tu dois en rencontrer un autre. Celui qu’il trouve à Naples est un ange lent, il ne vole pas, il va à pied : « Tu ne peux pas t’en aller à Jérusalem », lui dit-il aussitôt. Et que dois-je attendre, demande Rafaniello. « Cher Rav Daniel, lui répond l’ange qui connaît son vrai nom, tu iras à Jérusalem avec tes ailes. Moi je vais à pied même si je suis un ange et toi tu iras jusqu’au mur occidental de la ville sainte avec une paire d’ailes fortes, comme celles du vautour. » Et qui me les donnera, insiste Rafaniello. « Tu les as déjà, lui dit celui-ci, elles sont dans l’étui de ta bosse. » Rafaniello est triste de ne pas partir, heureux de sa bosse jusqu’ici un sac d’os et de pommes de terre sur le dos, impossible à décharger : ce sont des ailes, ce sont des ailes, me raconte-t-il en baissant de plus en plus la voix et les taches de rousseur remuent autour de ses yeux verts fixés en haut sur la grande fenêtre.


L’auteur…

[BNF.FR] Erri De Luca (originellement prénommé Enrico, il a adopté ensuite la forme italianisée de Harry) est né à Naples en 1950, dans une famille bourgeoise appauvrie par la guerre. Il grandit dans le quartier populaire de Montedidio, qui donnera son titre à l’un de ses romans les plus célèbres.

Luttes politiques et engagements humanitaires

Parti faire ses études à Rome alors qu’éclate la révolte de 1968, il se joint aux luttes ouvrières des années 70 et s’engage dans le mouvement Lotta continua, l’un des plus importants de la gauche extraparlementaire italienne d’alors, dont les archives conservées dans la fondation portant son nom documentent l’activité. Il n’achève pas ses études et exerce ensuite diverses professions manuelles : il travaille notamment à la Fiat, puis sur des chantiers en France et en Italie. Son engagement humanitaire le conduit en Tanzanie en 1983, dans le cadre d’un programme pour l’approvisionnement en eau, puis, dans les années 1990, dans la Yougoslavie en guerre, où il conduit des convois humanitaires.

Une vie de lectures et d’écriture

Il se prend au cours de ces années d’un intérêt pour la Bible, surtout pour l’Ancien testament, qu’il lit quotidiennement et qu’il a partiellement traduit de l’hébreu ; cette lecture imprègne fortement son œuvre.
Son premier livre, Non ora, non qui, paraît en 1989. Il en a publié depuis de nombreux autres, alternant textes de réflexion sur les écritures saintes (Una nuvola come tappeto, Nocciolo d’oliva, ou romans comme In nome della madre, E disse), traductions, recueils de poésies (Opera sull’acqua, Solo andata), théâtre (L’ultimo viaggio di Sindbad) et surtout œuvres narratives : on lui doit nombre de romans ou récits, souvent brefs, ayant pour la plupart une tonalité autobiographique et Naples ou ses environs pour cadre, où il fait entendre les échos des rues des quartiers populaires de sa ville natale (Non ora, non qui, Montedidio, Tu, mio), restitue son expérience intime de la montagne (Sulla traccia di Nives, Il peso della farfalla) ou évoque son engagement politique (Impossibile).
Il a aussi pris part à des projets communs avec des musiciens (Gianmaria Testa) et des cinéastes (notamment les courts-métrages Di là del vetro, Il turno di notte lo fanno le stelle et Tu non c’eri, qu’il a écrits).
Il reste très engagé politiquement, aux côtés du mouvement altermondialiste et des migrants. Inculpé en 2013 pour incitation au sabotage dans le cadre de la lutte contre la nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin (mouvement No Tav), il a finalement été relaxé en 2015 : l’un de ses livres, La parola contraria, s’en est fait l’écho.

La reconnaissance du public

En France, son roman Trois chevaux, honoré avec sa traductrice Danièle Valin du prix Laure-Bataillon en 2001, et Montedidio, lauréat du prix Femina étranger en 2002, ont contribué à sa notoriété. Le Prix européen de littérature lui a été décerné en 2013 ainsi que le Prix Ulysse pour l’ensemble de son œuvre.


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © Gallimard.


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BOORSTIN : Les découvreurs (1988)

Ce qu’ils en disent…

[LIBREL.BE] Sous une forme vivante, enlevée, très personnelle, Les Découvreurs raconte la plus grande épopée de l’homme : celle de sa quête pour découvrir le monde qui l’entoure. Daniel Boorstin s’écarte volontairement de la traditionnelle et fastidieuse énumération des batailles, des naissances d’empires et des grands règnes : avec lui, l’histoire de notre monde devient une féerie de découvertes et de commencements. En chaque découverte d’importance, que ce soit celle de l’Amérique par Christophe Colomb ou celle de la relativité par Einstein, il voit un épisode d’une biographie. Les héros de la saga qu’il nous raconte sont des hommes dotés d’une insatiable frénésie de connaissance et d’un courage exemplaire pour affronter l’inconnu. Daniel Boorstin nous fait découvrir sous un jour nouveau des noms familiers : Hérodote, Ptolémée, Marco Polo, Copernic, Newton, Marx, Freud, et ressuscite également quelques figures remarquables oubliées de l’histoire. Pour quelles raisons les Chinois n’ont-ils pas découvert l’Amérique ? Pourquoi les peuples ont-ils mis si longtemps à apprendre que la terre tourne autour du soleil ? Comment a débuté l’étude des sciences économiques ? Quand et pourquoi les peuples ont-ils commencé à fouiller la terre pour connaître le passé ? Telles sont quelques-unes des fascinantes questions auxquelles répond ce livre. L’histoire qu’il nous raconte est sans fin. Car, pour les découvreurs, « le monde entier est encore une Amérique. Et les mots terra incognita sont bien les plus prometteurs que l’on ait jamais écrits sur les cartes de la connaissance humaine. »


BOORSTIN Daniel J., Les découvreurs est paru chez Robert Laffont en 1988, dans une traduction de Jérôme Bodin.

EN (US) > FR

EAN 9782221055878

368 pages

Disponible en grand format (Bouquins).


L’auteur…

[LISEZ.COMDaniel Joseph Boorstin (1914-2004), diplômé en droit des universités de Harvard, Oxford et de Yale, a été bibliothécaire de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis de 1975 à 1987. Il a enseigné à Harvard, Chicago, Rome, Kyoto, Cambridge et à la Sorbonne. Ses ouvrages ont reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Pulitzer. Dans la collection « Bouquins » ont été publiés deux de ses plus brillants essais : Les Découvreurs, en 1988, et Histoire des Américains, en 1991, ainsi que Les Créateurs en 2014.


En savoir plus…


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © Library of Congress.


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JANSSON : La fille du sculpteur (1968)

Ce qu’ils en disent…

[LIBREL.BE] La fille du sculpteur raconte une enfance vécue comme un rêve, inspirée de celle de Tove Jansson, au début du xxe siècle, entre Helsinki et la maison familiale sur une île de l’archipel de Porvoo, où ses parents artistes se retiraient pour l’été. Dans ce livre éminemment onirique, les êtres humains se mettent soudainement à voler, des créatures imaginaires et mystérieuses apparaissent au détour de certaines criques, et Dieu le père lui-même surveille les enfants qui jouent dans le jardin. La fille du sculpteur, traduit intégralement en français pour la première fois, est une superbe réussite d’intelligence et de poésie. Le monde entier y est à couper le souffle.

Les sculptures de papa se déplaçaient doucement autour de nous dans la lumière du feu, ses tristes femmes blanches qui faisaient un pas indécis en avant, toutes prêtes à s’enfuir. Elles savaient le danger qui rôdait partout, mais rien ne pouvait les sauver tant qu’elles n’avaient pas été sculptées dans le marbre et placées dans un musée. Là, on est en sécurité. Dans un musée ou dans les bras ou dans un arbre. Éventuellement, sous la couverture. Mais le mieux est de s’asseoir très haut dans un grand arbre, si on ne se trouve plus dans le ventre de sa maman.


JANSSON Tove, La fille du sculpteur est paru chez La Peuplade en 2021, dans une traduction de Catherine RENAUD.

SV > FR

EAN 9782924898864

176 pages

Disponible en ePub et poche.


Ce que nous en disons…

J’aime à penser qu’il y a des pays, beaucoup plus au Nord, où l’hiver est long et paisible, où le soleil brille au travers les fenêtres givrées, dans les cuisines qui embaument le cinq-quart à la cuisson, dans un four d’émail blanc, près des chiens robustes qui baillent sous la table. J’aime les livres qui racontent les découvertes et les cruautés des enfants nourris de Fifi Brindacier, les nouvelles ou les romans éclairés de printemps qui évoquent les craquements du dégel ou la maraude de fin d’été. J’aime que leur auteur mise sur le regard fantasque d’une petite fille espiègle, qui raconte le monde comme dans un rêve, où l’adultère et la gueule de bois des grands côtoient les collections de galets et les nœuds dans les cheveux des enfants, dans le même souffle, dans la même fête de poésie sauvage et onirique. J’aime à penser qu’il s’agit là d’un témoignage récent, d’une autobiographie d’aujourd’hui ou de la généreuse prédiction d’une vieille dame qui lit dans les étoiles…

JANSSON Tove, Autoportrait (1937) @ DR

Après avoir goûté les premières nouvelles de La Fille du sculpteur de la finlandaise Tove JANSSON (étrangement baptisé “roman” alors qu’il contient un recueil de nouvelles, racontées par une même jeune narratrice), je souhaitais tant que ce livre formidable soit au présent. Alors, j’ai plongé sur le colophon et, partant, plongé dans la douce dépression que l’on ressent devant, par exemple, les illustrations de Carl LARSSON (1853-1919, cfr. illustration d’en-tête), quand la joie de se projeter dans ces charmants paradis perdus de l’enfance et de la fraîcheur se mue en une tendre nostalgie. On en redemande, on tourne les pages de l’album puis on lève les yeux. Ah, si seulement… Mais, hélas, La Fille du sculpteur date déjà de 1968 !

L’élégante et espiègle traduction de Catherine Renaud, au départ du suédois, n’est quant à elle parue qu’en 2021, aux Editions La Peuplade (Québec), qui précisent : “Auteure, peintre, illustratrice, féministe, connue dans le monde entier pour ses célèbres Moumines et son roman Le livre d’un été, Tove Jansson (1914-2001) est à l’origine d’une œuvre littéraire exceptionnelle. Elle est l’une des grandes créatrices du XXe siècle.

Et la quatrième de couverture offre un avant-goût du petit voyage : “La fille du sculpteur raconte une enfance vécue comme un rêve, inspirée de celle de Tove Jansson, au début du xxe siècle, entre Helsinki et la maison familiale sur une île de l’archipel de Porvoo, où ses parents artistes se retiraient pour l’été. Dans ce livre éminemment onirique, les êtres humains se mettent soudainement à voler, des créatures imaginaires et mystérieuses apparaissent au détour de certaines criques, et Dieu le père lui-même surveille les enfants qui jouent dans le jardin.

Emmanuel Requette, libraire à Bruxelles, explique également : “L’art de Tove Jansson est tout entier contenu dans cette tension qu’elle parvient comme peu à rendre palpable entre le pouvoir de l’enfant et le regard de l’adulte“. Bref, ce livre est un régal d’innocence feinte, à mi-chemin entre l’odeur du pain d’épices volé et la fraîcheur de l’eau, au cœur d’un verger.

Patrick Thonart


Bonnes feuilles…

Anna

C’était tellement agréable de regarder Anna !
Les cheveux d’Anna poussaient comme de l’herbe drue et succulente, ils pendaient, coupés un peu n’importe comment, et étaient si vivants qu’ils faisaient des étincelles. Tout aussi épais et noirs, ses sourcils se rejoignaient presque au milieu, son nez était plat, et ses joues, très rouges. Ses bras plongeaient comme des piliers dans l’eau de vaisselle. Elle était belle.
Quand Anna chante en faisant la vaisselle, je m’assieds sous la table de la cuisine pour essayer d’apprendre les paroles. C’est au treizième couplet de Hjalmar et Hulda qu’il commence enfin à se passer quelque chose.

Hjalmar entre, en habit de guerrier étincelant,
et les harpes se taisent prestement.
Courroucé, il se dirige vers son infidèle fiancée
pour s’emparer de sa couronne de mariée.
Il arrache l’objet sombre de ses cheveux clairs.
Pâle, comme gisant déjà sur la civière mortuaire,
horrifiée, Hulda, la poitrine tremblante d’effarement
fait face au bras vengeur de son amant.

On frissonne, c’est beau. Comme Anna quand elle dit : “Sors un moment, il faut que je pleure maintenant, c’est tellement beau.”
Les amants d’Anna arrivaient souvent en habits de guerrier. J’aimais particulièrement le dragon dans son pantalon rouge et son manteau à tresses en passementerie dorée, il était superbe. Il retirait toujours son sabre, qui tombait parfois par terre dans un bruit qui parvenait jusqu’à mon lit-étagère sous le plafond, et je pensais à son bras vengeur. Puis il a disparu, et Anna a eu un nouvel amant, un Homme Pensant. C’est pour cette raison qu’elle assistait à des conférences sur Platon et qu’elle méprisait papa, qui lisait les journaux, et maman, qui lisait des romans.
J’ai expliqué à Anna que maman n’avait pas le temps de lire d’autres livres que ceux qu’elle illustrait : elle devait savoir de quoi le livre parlait et à quoi ressemblait l’héroïne pour dessiner la couverture. Certains se contentent de dessiner ce qu’ils ressentent et méprisent l’auteur. Et il ne faut pas. Un illustrateur doit penser à la fois à l’auteur, au lecteur et parfois même à l’éditeur.
– Ah ! a dit Anna. Des éditeurs de pacotille qui ne publient pas Platon. D’ailleurs, Madame reçoit gratuitement tous les livres qu’elle illustre et, sur le dernier livre, l’héroïne n’avait même pas les cheveux blonds alors qu’ils l’étaient dans l’histoire.
– Mais la couleur coûte cher! ai-je rétorqué en m’énervant. Et en plus, elle doit s’acquitter de la moitié du prix de certains livres !
C’était totalement impossible d’expliquer à Anna que les éditeurs n’aiment pas les impressions multicolores et qu’ils se plaignent des impressions bicolores, même s’ils savent qu’au moins une couleur doit être noire et qu’il est possible de dessiner des cheveux sans jaune pour qu’ils paraissent blonds.
– Ah, vraiment ! a dit Anna. Et quel est le rapport avec Platon, si je peux me permettre ?
Alors je perdais le fil de ce à quoi j’avais pensé depuis le début. Anna mélangeait les choses et finissait toujours par avoir raison. Mais parfois, j’aimais la pousser à bout. Je la laissais parler et parler de son enfance, jusqu’à ce qu’elle pleure, et je me postais à la fenêtre, me balançant sur mes talons et regardant en bas dans la cour. Ou alors je ne lui demandais rien, même si elle avait le visage gonflé et qu’elle jetait la pelle à poussière à travers la cuisine. Je pouvais pousser Anna à bout en étant polie avec ses amants, en leur posant sans cesse des questions sur ce qui les intéressait sans jamais partir. Et un autre très bon moyen était de déclarer d’une voix forte et traînante : “Madame veut du steak de veau pour dimanche”, avant de sortir aussitôt comme si Anna et moi n’avions rien d’autre à nous dire.
Anna s’est longtemps vengée à l’aide de Platon. Puis un jour, elle a eu pour amant un Homme du Peuple et elle s’est vengée en évoquant toutes ces vieilles livreuses de journaux qui se levaient à quatre heures alors que ces messieurs dormaient et se prélassaient au lit en attendant leur édition du matin. J’ai rétorqué qu’aucune vieille livreuse de journaux sur terre ne travaillait toute la nuit quand il fallait fabriquer un moule en plâtre pour un concours et que maman travaillait jusqu’à deux heures chaque nuit pendant qu’Anna dormait et se prélassait au lit, et alors Anna a dit de ne pas l’entraîner sur ce terrain et, du reste, Monsieur n’a reçu aucun prix la dernière fois ! Alors j’ai crié que c’était parce que le jury était injuste et elle a crié que c’était facile à dire, et moi, qu’elle ne comprenait rien parce qu’elle n’était pas artiste et elle que c’était facile d’être supérieure alors qu’on n’a même pas suivi de cours de dessin, et alors nous ne nous sommes plus parlé pendant plusieurs heures.
Quand nous avions toutes les deux fini de pleurer, je retournais dans la cuisine, où Anna avait accroché la couverture au-dessus de la table. Je pouvais alors construire ma cabane dessous si je ne me mettais pas dans ses jambes ni devant la porte du garde-manger. Je la construisais avec les chaises, les bûches et le tabouret. En fait, je le faisais par politesse, parce qu’on pouvait construire de bien meilleures cabanes sous la grande selle de sculpteur.
Une fois la cabane achevée, elle me donnait un peu de vaisselle. Je la prenais uniquement par politesse. Je n’aime pas faire semblant de cuisiner. Je déteste manger.
Une fois, il n’y avait pas de merisier à grappes sur le marché pour le premier juin. Maman doit avoir des fleurs de merisier à grappes pour son anniversaire, sinon elle meurt. C’est ce que lui avait dit une gitane quand maman avait quinze ans et, depuis, tout le monde se donnait beaucoup de mal pour lui trouver des merisiers. Parfois, ils fleurissent trop tôt et parfois, trop tard. Si on les cueille à la mi-mai, les feuilles bruniront sur les bords et les fleurs ne s’ouvriront jamais.
Mais Anna a dit :
– Je sais qu’il y a un merisier à grappes blanc dans le parc. Nous irons en cueillir quand il fera nuit.
Il faisait nuit assez tard, mais j’ai quand même eu le droit d’aller avec elle et nous n’avons pas dit un mot sur nos intentions. Anna m’a prise par la main, ses mains chaudes étaient toujours humides et, quand elle bougeait, elle dégageait un parfum brûlant et un peu effrayant. Nous avons descendu la Lotsgatan, traversé en direction du parc, et j’étais complètement pétrifiée de terreur, je pensais au gardien du parc, au conseil municipal et à Dieu.
– Papa ne ferait jamais une chose pareille, ai-je dit.
– Non, parce que Monsieur est bien trop bourgeois, a répondu Anna. On prend ce dont on a besoin, c’est comme ça.
Nous avions escaladé la clôture avant que je comprenne la chose incroyable qu’elle venait de dire, que papa était bourgeois. J’étais tellement stupéfaite que je n’ai pas eu le temps d’être offensée.
Anna s’est directement approchée du buisson blanc au milieu de la pelouse et a commencé à cueillir des fleurs.
– Tu cueilles mal ! lui ai-je sifflé. Fais-le correctement !
Anna était plantée dans l’herbe, les jambes écartées, et elle me regardait. Sa grande bouche s’est ouverte en un large sourire, découvrant ses belles dents, elle m’a prise par la main, s’est accroupie, et nous avons couru en nous faufilant sous les arbustes. Nous nous sommes dirigées vers un autre buisson blanc, et Anna regardait tout le temps par-dessus son épaule et s’arrêtait parfois derrière un arbre.
– Est-ce que c’est mieux comme ça ? a-t-elle demandé.
J’ai hoché la tête et serré sa main. Puis elle s’est mise à cueillir les fleurs. Elle tendait ses grands bras et sa robe la serrait de partout. Elle riait, cassait des branches, et les fleurs tombaient sur son visage. Je murmurais “arrête, arrête, ça suffit”, tellement terrifiée que j’ai failli faire dans mon pantalon.
– Tant qu’à voler, autant le faire correctement, a dit Anna calmement.
Elle avait les bras remplis de fleurs de merisier, qui lui couvraient le cou et les épaules et elle les tenait toujours fermement de ses grandes mains rouges. Nous avons de nouveau escaladé la clôture pour rentrer à la maison, et aucun gardien de parc ni aucun policier n’a jamais surgi.
Après, ils nous ont dit que nous avions cueilli les fleurs d’un buisson qui n’était pas un merisier à grappes. Elles étaient juste blanches. Mais maman s’en est quand même sortie et elle n’est pas morte.
Parfois, Anna se fâchait et criait :
– Je ne supporte plus de te voir! Va-t’en !
Alors je descendais dans la cour et je m’asseyais sur la poubelle où je brûlais des rouleaux de pellicules avec une loupe.
J’aime les odeurs. Celle des pellicules qui brûlent, de la chaleur, d’Anna, de la caisse d’argile, des cheveux de maman, l’odeur des fêtes et du merisier en grappes. Je n’ai moi-même pas encore d’odeur, du moins je ne crois pas.
En été, Anna avait une odeur différente, elle sentait l’herbe et dégageait un parfum encore plus brûlant. Elle riait plus souvent et on découvrait davantage ses grands bras et ses jambes.
Anna savait vraiment ramer. Elle donnait un seul coup et se reposait triomphalement sur les rames pendant que le bateau glissait sur le détroit en faisant jaillir des éclaboussures dans l’eau brillante du soir. Puis elle donnait un autre coup de rame, d’autres éclaboussures jaillissaient, et elle montrait combien elle était forte. Elle éclatait alors de rire, plongeait une des rames pour faire tourner le bateau et montrer qu’elle n’avait envie d’aller nulle part et se contentait de jouer. Finalement, elle laissait le bateau dériver, s’allongeait au fond pour chanter et, depuis le rivage, tout le monde l’entendait dans le soleil couchant et savait qu’Anna était allongée là, grande, heureuse, brûlante et se moquant de tout. Elle faisait ce qu’elle voulait.
Puis elle montait sur la colline, son corps se balançant lentement, cueillait parfois une fleur. Anna chantait aussi quand elle faisait du pain. Elle pétrissait la pâte, la battait, la tapotait et façonnait des petites boules qu’elle jetait dans le four exactement comme il fallait. Elle refermait la porte, s’étirait et s’exclamait :
– Houla ! Ça brûle !
J’aime Anna l’été et je ne cherche jamais à la pousser à bout.
Parfois, nous allions dans la vallée des diamants. C’est une plage où tous les galets sont ronds et précieux. Ils ont une très jolie couleur. Ils sont beaux sous l’eau, mais quand on les frotte avec de la margarine, ils restent toujours beaux. Nous y allions quand maman et papa travaillaient en ville et, après avoir ramassé beaucoup de diamants, nous nous asseyions près du ruisseau qui descendait de la montagne. Il ne coulait qu’à la fin du printemps et à l’automne. Nous construisions des cascades et des barrages.
– Il y a de l’or dans le ruisseau, a dit Anna. Cherche-le.
Je n’ai jamais vu d’or.
– Il faut le mettre toi-même, a dit Anna. L’or est magnifique dans l’eau brune. Et il prolifère. De plus en plus d’or.
Alors je suis rentrée à la maison et j’ai récupéré tout l’or que nous possédions ainsi que les perles. J’ai tout mis dans le ruisseau et c’est devenu incroyablement beau.
Anna et moi étions allongées à écouter le ruisseau, et elle chantait La Fiancée au Lion. Elle est entrée dans l’eau, a attrapé le bracelet en or de maman avec ses orteils, l’a relâché en éclatant de rire.
– J’ai toujours eu envie d’or véritable.
Le jour suivant, tout l’or avait disparu et les perles aussi. J’ai trouvé ça étrange.
– On ne sait jamais avec les ruisseaux, a dit Anna. Parfois, l’or prolifère et parfois il va droit dans la terre. Mais il peut ressortir, si on n’en parle jamais.
Puis nous sommes rentrées à la maison et nous avons fait des crêpes.
Le soir, Anna a retrouvé son nouvel amant près de la balançoire du village. C’était un Homme d’Action et il pouvait pousser la balançoire si fort qu’elle faisait des tours complets, et la seule qui osait rester assise au quatrième tour était Anna.


L’auteure…

Qui es-tu Tove Jansson, mère des Moumines et icône finlandaise ?

[d’après LINSTANTNORDIQUE.COM] Dans les mémoires collectives, Tove Jansson n’est personne d’autre que la créatrice incontournable des Moomins. À l’instar de l’orthographe changeante des petits trolls – Muumin, Moomin, Moumine -, cette icône de la culture finlandaise a mené une multitude de vies.

Tantôt romancière, tantôt sculptrice ou peintre, Tove Jansson était une femme accomplie, fière et guidée par des valeurs avant-gardistes qui se retrouvent dans toutes les œuvres de sa carrière. Dans les aventures de Moomintroll évidemment, mais également dans ses choix de vie ; première personnalité féminine ouvertement homosexuelle, propriétaire d’une île déserte, irrévérencieuse envers les idéologies conservatrices et surtout esprit libre et insaisissable.

L’enfance bohème de Tove Jansson

Née en 1914 à Helsinki, Tove Jansson est la première enfant du couple Jansson-Hammarsten, un duo d’artistes suédophone en quête de reconnaissance à Helsinki. En analysant a posteriori sa carrière, il est frappant de constater à quel point Tove Jansson représente le fruit de l’union de ses parents. Sa mère, Signe Hammarsten, est illustratrice renommée et son père, Viktor Jansson, sculpteur et lecteur passionné. En compagnie de ses deux jeunes frères, la petite famille ouverte d’esprit et bohème détonne au moment où la Finlande se déchire en 1918. Une guerre civile éclate, ce qui n’empêchera pas le couple de nourrir leurs progénitures de contes et de fables.

Au début des années 1920 déjà, son père est convaincu qu’ils ont transmis la fibre artiste à leur fille. Il rédige même une lettre à sa femme pour lui faire part de son intuition. Pas encore adolescente, Tove Jansson commence par épauler sa mère pour la soulager des commandes qui affluent. « La maison et l’atelier ne faisaient qu’un […] sans distinction claire entre le travail et la vie de famille » … Un schéma familial intense qui l’accompagnera tout au long de sa vie, à cheval entre sessions de travail interminables et moments de contemplations infinis.

Le Paris de la Belle Époque l’intrigue, elle qui a davantage voyagé dans ses pensées que dans la réalité. Elle part étudier à l’École des Beaux-Arts, mais se heurte au conformisme culturel. Déçue et indignée par son expérience, elle trouve refuge chez une artiste suisse basée dans la capitale française, reconnue pour son approche radicale de la peinture et du dessin. Tove Jansson n’aura eu de cesse d’afficher des marques de reconnaissance auprès de sa famille. En témoigne le projet qu’elle considérait comme l’œuvre la plus aboutie de sa jeunesse : le portrait réaliste des Jansson au grand complet, en format large et peint à l’huile. L’accueil de son tableau fut moins honorable qu’elle l’eu espéré, les critiques se concentrant davantage sur la technique que sur l’originalité de l’œuvre. Touchée, l’artiste en construction délaisse la peinture pour l’illustration. À tout juste 30 ans, elle ne sait pas encore, mais elle s’apprête à se lancer dans le chef d’œuvre de sa vie : les Moomins.

Tove Jansson, la mère des Moomins

Si la France ne lui a pas laissé sa chance, elle aura au moins eu le mérite d’être à l’origine du projet onirique de Tove Jansson : la création d’un univers fantaisiste pour enfant, les Moumines (« Moomin » en version finlandaise). La Seconde guerre mondiale achevée, Tove Jansson ressent le besoin de partager des moments d’évasion à ses compatriotes. Elle publie alors le premier épisode des Moomins en 1945 pour rendre hommage à la culture et au folklore finlandais.

Dans une lettre adressée à un ami, Tove Jansson met des mots sur cette envie de légèreté. De ce projet, elle espère faire rejaillir la part d’humanité de chacun d’entre nous et nous rappeler que le monde et la vie ont d’abord été construits grâce à l’amour et la générosité. Tove Jansson écrit alors : « Lorsque je me suis senti déprimée et que j’ai voulu m’éloigner de mes sombres pensées pour me tourner vers autre chose… [ndlr : son échec à Paris et la guerre] … je me suis glissée dans un monde incroyable où tout était naturel et sans gravité. Et surtout où tout était possible. »

À l’instar des Barbapapa, les Moomins sont une famille de personnages dessinés habitant dans le verdoyant univers de Moominvalley. Attachées à leur environnement paisible, les Moumines n’hésitent pas à sortir de leur zone de confort pour explorer des contrées lointaines, à leurs risques et périls. Des épisodes teintés de moral et d’humour qui offrent généralement un double niveau de lecture – pour les petits et pour les grands.

En une décennie, les aventures de Moomintroll traversent les frontières finlandaises et suédoises. Le London Evening News achète les droits d’illustration de Tove Jansson. La peintre désavouée par les critiques prend sa revanche en publiant tous les soirs ses comics strips dans le grand journal britannique du soir de l’époque. Durant 15 ans, les lecteurs s’attacheront à ses dessins d’illustration. Le succès est tel que les Muumins sont adaptés à la télévision, au cinéma, au théâtre et même à l’opéra ! La frénésie populaire du départ s’empare de toutes les couches de la société anglaise et occidentale. 10 millions de livres sont vendus, faisant des Moomins l’un des premiers marqueurs générationnels mondial ! Au Japon, les Muumins sont ainsi de véritables icônes de la culture populaire et les produits dérivés se vendent comme des petits pains. Moins réputée en France, Tove Jansson a cependant reçu le Prix du Patrimoine au festival d’Angoulême il y a quelques années. […] En véritable ambassadrice de son univers des Moumines, Tove Jansson aime à prendre les apparences tantôt de Moomintroll ou Moominmamma. À travers ses personnages fictifs, elle trouve le moyen subtil de délivrer des messages, parfois politiques, souvent pertinents, dans le but de faire évoluer les mentalités sur des questions sociétales aussi importantes que celle de la place de l’amour, de la solidarité, de l’esprit de l’effort collectif ou de la transmission intergénérationnelle.

Sa notoriété se matérialise jusque dans les hautes sphères de Stockholm, où les hommes d’affaires eurent un temps le – mauvais – goût de porter des cravates à l’effigie des Moomins. À aucun moment cependant, l’artiste finlandaise n’a souhaité renier ses valeurs. En atteste par exemple sa perception du devoir de célébrité, relaté dans une de ses correspondances. Alors que son frère chéri Lars – à qui elle donnait l’affectueux nom de Lasse – avait envoyé des poèmes à Dorothy Parker, la scénariste américaine n’a jamais daigner lui répondre.

L’île déserte, son amour pour toujours

L’histoire des Moumines et de l’œuvre artistique de Tove Jansson est intimement liée à celle de Klovharu, une île finlandaise située dans l’archipel de Pellinki. Un havre de paix posé au milieu de la Baltique et une source d’inspiration intarissable pour cette artiste libre et audacieuse. Dès sa plus tendre enfance, elle s’imaginait gambader au milieu d’une nature luxuriante, sans danger et en harmonie avec les éléments. En grandissant, la fille d’Helsinki souhaitait à tous ceux qu’elle aimait de posséder une île sans adresse. Ce sera finalement à quelques encablures du village de Söderby qu’elle trouvera son paradis. Un peu plus rocailleux que celui de ses rêves, Tove Jansson y passera tous ses étés jusqu’à sa mort à 86 ans.

Helsinkienne d’origine, elle met du temps à se conformer à la société finlandaise. Plus à l’aise en suédois qu’en finnois, elle rédige la majorité de ses écrits en suédois. Tove Jansson fait partie des « finlandssvenska », cette minorité finlandaise suédophone généralement issue de la bourgeoisie. Les valeurs sont d’ailleurs plus proches des pays occidentaux, ce qui lui permettra de faire les rencontres bienvenues dans sa quête de renommée. Lorsqu’elle ne réside pas dans le quartier Art Nouveau d’Helsinki, Klovharu fait office d’échappatoire nécessaire en fuyant les cercles aristocratiques de la capitale finlandaise. À Söderby, tout le monde parle suédois et laisse Tove Jansson parcourir cette île envoûtante. Dans la série des Moumines, Tove la dessinatrice ajoute de nombreux éléments tirés de ses séjours dans l’archipel. Une vie en autarcie qu’elle chérissait sans retenue avec sa compagne Tuulikki Pietilä.

Une carrière couronnée de succès mais éprouvante pour celle qui est considérée comme l’une des figures les plus importantes de la littérature finlandaise de l’Histoire. Une Moominmamma adorée au pays des mille lacs sur laquelle sont braqués tous les projecteurs. Elle reconnaît en 1963 la difficulté de trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle qu’impose son rôle d’ambassadrice : « J’ai été réveillée par une autre équipe de télévision qui voulait un commentaire sur la situation culturelle du moment. J’ai encore des masses à régler avec la famille et les cousins, les représentants de la culture des enfants, les traducteurs et les galeries d’art. . . . J’ai l’impression d’être un peu arrogante, mais je fais tout mon possible pour maintenir mon image : une enfant de la nature, douce, cultivée, en perpétuel émerveillement. » On comprend mieux son attachement viscéral à son île isolée qui signe un retour à une vie plus ordinaire.

Plus tard, Tove Jansson exprimera davantage son malaise à travers des lettres de correspondance. Elle aura à cœur de toujours commencer ses rédactions par une note positive cependant. Au fur et à mesure, son image de personnage public deviendra plus confidentielle. Seules quelques proches continueront de recevoir des nouvelles de Tove Jansson, souvent sous forme de lettre ouverte, déversoir de ses humeurs autant que de sa vie intérieure. Cet esprit ouvert et libre originel laissera place à un travail artistique plus complexe qui s’exprimera dans ses œuvres textiles, ses peintures et ses romans pour adultes. Signe d’un besoin de solitude, son atelier d’Helsinki autrefois vivant connaîtra plusieurs périodes de fermetures, comme si elle souhaitait mettre la clé sous la porte aux intrusions indésirables de sa vie romantique.

Écrivaine, plasticienne, peintre : une artiste complète

La majorité d’entre nous connaît Tove Jansson l’illustratrice audacieuse. Mais la créatrice des petits hippopotames blancs, les Moumines, s’adonnait encore davantage aux autres arts. Romancière, plasticienne, sculptrice : elle passait un temps incalculable penchée sur ses plans de travail, tantôt dans son atelier, tantôt chez des amis artistes ou sur son île déserte. En réalité, sa vraie passion fut la peinture. Durant toute sa carrière, ses talents de peintre hors du commun lui ont rapporté bien plus que ses succès littéraires. Elle peut s’enorgueillir d’avoir réalisé une multitude de peintures murales pour des bâtiments officiels ou des sièges sociaux à Helsinki et partout en Finlande. Un gagne-pain bienvenu et nécessaire pour s’offrir le matériel coûteux qu’elle devait se procurer pour ses autres hobbies artistiques.

Cette vie multiple, elle n’aurait pu la mener sans un atelier à sa disposition. Le désormais célèbre Ullanlinnankatu 1 au cœur d’Helsinki avait tout ce dont Tove Jansson espérait. Pourtant loin des standings des résidences d’artistes d’Europe, son petit atelier représentait le lieu de création idéal à ses yeux. En découvrant la pièce de 7,7 mètres de côté en 1944, voici ce qu’elle pensait : « Avec les bombardements, c’était horrible, plus de fenêtres, des fissures partout, des pans de mur effondrés, la cuisinière et les radiateurs tout a été détruit. » Un confort spartiate qui ne l’empêcha pas d’y passer le plus clair de son temps, même durant les hivers vigoureux de Finlande.

Lieu de rencontres, de fêtes et de vie – elle dormait dans une mini chambre adjacente -, son atelier lui permis de réaliser son rêve d’enfant : un endroit à son image où les pensées sont libres et les jugements interdits. Un rêve d’autant plus symbolique qu’elle en fit l’acquisition à la fin d’une des nombreuses menaces d’expulsion qui la visait depuis 10 ans. Tove Jansson fera appel à un couple d’amis designer, Reima et Raili Pietilä pour le moderniser en 1962. L’atelier mythique de Tove Jansson est resté intact depuis lors. Depuis une quinzaine d’années, des visites guidées y sont proposées et permettre de se plonger dans la peau de l’artiste finlandaise homosexuelle la plus connue au monde.

Tove Jansson, une icône engagée

Aujourd’hui encore, Tove Jansson fait figure d’icône culturelle adorée des enfants, admirée par les adultes. À sa mort en 2001, elle laisse derrière elle une œuvre considérable : peintures, romans, livres et contes pour enfants, couvertures de magazines, dessins animés politiques, livrets… Celle qui a conquis le cœur des bédéphiles (les amateurs de bandes dessinées) grâce aux 9 éditions des Moomins fut autant appréciée par son savoir-être que son audace artistique.

Dans la biographie Tove Jansson: Work and Life, l’historienne Tuula Karjalainen souligne bien les positions avant-gardistes de l’artiste finlandaise, notamment dans ses choix de vie personnels. En effet, elle partagera son quotidien avec un homme sans être mariée, une anomalie à l’époque, avant d’enchaîner quelques relations avec des femmes. Ses liaisons homosexuelles sont restées secrètes un moment avant d’être dévoilées, quand on sait que l’homosexualité était passible d’une peine de prison ou à l’internement psychiatrique jusque dans les années 1950. Elle dû même changer de numéro de téléphone suite aux appels incessants de personnes l’accusant d’avoir vendu son âme ou de s’être auto-censuré au profit de la réalisation d’œuvres commerciales.

On retrouve néanmoins des arguments opposés dans l’avant-propos de Fair Play rédigé par Ali Smith : « Dans sa production littéraire pour adultes comme dans le reste de son œuvre, Tove Jansson a fait preuve d’une assez grande radicalité dans la forme comme dans le choix des thèmes abordés, une radicalité là aussi empreinte de la tranquillité profonde qui est le propre de toute sa création. » La clarté stylistique de Jansson « mène à une transparence baignée de mystère », et ses livres mettent en scène « des personnages qui ne sont pas habituellement présents en littérature, ou auxquels les écrivains ne laissent habituellement que peu de place. »


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[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be ; linstantnordique.com | auteur-contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © carllarsson.se ; © lapeuplade.com.


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STEGNER : Vue cavalière (1976, 2011)

Ce qu’ils en disent…

« Cet homme, alors qu’arrivent les premiers maux de l’âge, retrouve un carnet intime qui parle d’un certain voyage entrepris des années plus tôt au Danemark ; un voyage qui le fit rencontrer une femme, aristocrate de la parentèle de Karen Blixen, étrange et désargentée, belle, séduisante, connue et pourtant totalement seule. Peut-on, le temps une fois passé, revoir avec des yeux totalement neufs une vie que l’on croyait connaître ? Que disent ces mots retrouvés sur l’homme qu’il pensait avoir été ?… »

[LIBREL.BE] Chagrin, mécontent de sa vie, de son pays, de sa civilisation, de son métier, de lui-même. Il s’est toujours cherché dans des endroits où il n’a jamais été. Cet homme, alors qu’arrivent les premiers maux de l’âge, retrouve un carnet intime qui parle d’un certain voyage entrepris des années plus tôt au Danemark ; un voyage qui le fit rencontrer une femme, aristocrate de la parentèle de Karen Blixen, étrange et désargentée, belle, séduisante, connue et pourtant totalement seule. Peut-on, le temps une fois passé, revoir avec des yeux totalement neufs une vie que l’on croyait connaître ? Que disent ces mots retrouvés sur l’homme qu’il pensait avoir été ?

Un chef-d’oeuvre !

Michel Polac


STEGNER Wallace (1909-1993), Vue cavalière est paru chez Phébus (collection Libretto) en 1998 puis chez Gallmeister (collection Totem) en 2023, dans une traduction d’Eric Chedaille.

EN (US) > FR

EAN 9782351788141

336 pages

Disponible en ePub et poche.


Ce que nous en disons…

J’ai rarement rencontré de miroir plus pertinent des états d’âmes propres à mon âge. Vivifiant ! S’il est quelque part une virilité pudiquement révélée, c’est dans ces romans de STEGNER…

Patrick Thonart


Bonnes feuilles…

… Joe Allston a toujours été plein de soi, incertain, chagrin, mécontent de sa vie, de son pays, de sa civilisation, de son métier, de lui-même. Il s’est toujours cherché dans des endroits où il n’a jamais été…


L’auteur

© Leo Holub

[GALLMEISTER.FR] Wallace Stegner est né le 18 février 1909 à Lake Mills, dans l’Iowa. Romancier, nouvelliste, historien, professeur et militant écologiste, celui qu’on appelle souvent le « doyen des écrivains de l’Ouest » (« Dean of Western Writers ») s’est imposé aussi bien à travers ses textes de fiction que ses essais.

Pendant son enfance, il vit notamment à Great Falls, dans le Montana, puis à Eastend dans le Saskatchewan (Canada). De manière générale, il déménage beaucoup à travers les États de l’Ouest américain – il dit plus tard avoir vécu « à vingt endroits, dans huit États et au Canada ». Il passe cependant la plupart de ses étés plus à l’est : à Greensboro, dans le Vermont.

Il étudie d’abord à l’université d’Utah, où il obtient un Bachelor of Arts, puis fait son master et son doctorat à l’université d’Iowa. Une fois diplômé, il enseigne dans plusieurs universités, dont l’université du Wisconsin et Harvard, avant de créer un département de creative writing à Stanford, qu’il dirige de 1945 à 1972. On compte parmi ses élèves Larry McMurtry, Edward Abbey, Raymond Carver et Thomas McGuane.

C’est en 1937 qu’il publie son premier roman, Remembering Laughter. Il est suivi par trois autres, puis, en 1943, Wallace Stegner rencontre son premier succès critique et populaire avec La Montagne en sucre (The Big Rock Candy Mountain). Parmi ses romans les plus notables, on peut notamment citer The Preacher and the Slave (1950 – plus tard rebaptisé Joe Hill : A Biographical Novel), A Shooting Star (1961), L’Envers du Temps (Recapitulation – 1961), et En lieu sûr (Crossing to Safety – 1987).

Acclamé par la critique, Wallace Stegner est couronné par le Prix Pulitzer de la fiction en 1972 pour Angle of Repose (1971) et par le National Book Award en 1977 pour The Spectator Bird (1976).

Il s’est aussi consacré à des essais, abordant des sujets très variés. On trouve notamment, parmi ses textes de non-fiction, deux histoires de l’implantation des Mormons dans l’Utah, une biographie de l’explorateur et naturaliste John Wesley Powell, ainsi qu’une histoire des débuts de l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient. Engagé en faveur de l’environnement, il a co-fondé, en 1962, le Commitee for Green Foothills, une organisation non-gouvernementale qui agit au niveau local pour protéger les « collines, forêts, baies, marécages et zones côtières » de la péninsule de San Francisco. Le recueil Lettres pour le monde sauvage (2015) réunit douze de ses textes consacrés à des réflexions sur l’environnement et la nature.

Wallace Stegner décède le 13 avril 1993 des suites d’un accident de voiture à Santa Fe, au Nouveau-Mexique.

Pour en savoir plus, le site officiel de l’auteur : wallacestegner.org…


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources mentionnées dans le texte | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © sjquinney.utah.edu ; © Leo Holub.


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OULITSKAÏA : Sonietchka (1996)

Ce qu’ils en disent…

[GALLIMARD.FR] Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C’est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu’elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. Avec Robert et, bientôt, leur fille Tania, Sonia n’est plus seule, elle lit moins, mais, malgré les difficultés matérielles de l’après-guerre, elle cultive toujours le même bonheur limpide, très légèrement distant et ironique. Des années plus tard, Tania introduit à la maison son amie polonaise Jasia, fille de déportés, mythomane, fantasque, aussi jolie que Tania est laide, et goûtant, comme elle, aux jeux amoureux. Jasia devient la maîtresse de Robert. Malgré son chagrin, Sonia est toujours heureuse. Robert meurt. Tania et Jasia s’en vont à leur tour, Sonia se retrouve seule, ells se remet à lire. Elle irradie toujours du même bonheur résolument paisible et mystérieux…


OULITSKAÏA Ludmila, Sonietchka est paru chez Gallimard en 1996, dans une traduction de Sophie Benech. Il est disponible en Folio depuis 1998.

RU > FR

EAN 9782070404261

120 pages

Disponible en poche.


Ce que nous en disons…

Ecriture sobre mais séduisante de clarté. Personnages attachants mais que de gueules cassées ! L’histoire se déroule sans accrocs alors que les faits rapportés en affoleraient plus d’un (lecteurs compris). Qu’à cela ne tienne, la constance de Sonia lisse une vie généreuse, à côté de laquelle d’autres seraient passées. Reste le mystère de Sonia : une telle lectrice peut-elle avoir une autre représentation du monde que celle des romans qu’elle dévore ? La lecture est-elle source d’aveuglement ou petite musique de vie ?

Patrick Thonart


Bonnes feuilles

Quant à l’âme imperturbable de Sonietchka, enrobée dans son cocon de milliers de livres lus, bercée par le grondement et la fumée des mythes grecs, par la stridence hypnotique des flûtes moyenâgeuses, l’angoisse venteuse et brumeuse d’Ibsen, la pesanteur détaillée de Balzac, la musique astrale de Dante et le chant de sirène des voix pointues de Rilke et de Novalis, envoûtée par le désespoir moralisateur que les grands écrivains russes pointent vers le coeur même du ciel…

 

Sonia avait fait sur son mari une découverte épouvantable : il n’appréciait pas du tout la littérature russe, il la trouvait nue, tendancieuse et insupportablement moralisatrice. Il ne faisait qu’une exception, bien à contrecoeur : Pouchkine…


L’auteurE

Ludmila Oulitskaïa est née en 1943, dans l’Oural. Elle a grandi à Moscou et fait des études de biologie à l’université. Auteur de nombreuses pièces de théâtre et scénarios de films, depuis le début des années 1980, elle se consacre exclusivement à la littérature. Ses premiers récits ont paru à Moscou, dans des revues. Ses livres ont été traduits, en français, aux éditions Gallimard. Son roman « Sonietchka » a reçu le prix Médicis Étranger, en 1996. Elle a deux fils et vit actuellement à Moscou, avec son mari, le sculpteur Andreï Krassouline.


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © AFP – Joël Saget ; © gallimard.fr.


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STEGNER : La vie obstinée (2002)

Ce qu’ils en disent…

[GALLMEISTER.FR] « En ces bouillonnantes années 1960, la jeunesse américaine se berce d’illusions et d’utopies. Joe Allston, agent littéraire à la retraite, regarde cette époque agitée avec ironie : revenu de tout, il regrette de n’avoir pas su créer avec son fils désormais décédé la relation qu’il aurait voulue. Seule l’affection que sa femme Ruth et lui portent à un jeune couple du voisinage les rattache encore au monde extérieur. Leur existence confortable et routinière va se voir chamboulée par l’installation d’une colonie de hippies à proximité. Entre indulgence et exaspération, les Allston vont se retrouver confrontés à une jeunesse qu’ils ne comprennent guère. »

[BABELIO.COM] « Pour certains, La Vie obstinée est bien le chef-d’œuvre de Wallace Stegner, qui obtint le prix Pulitzer en 1972 pour Angle d’équilibre. On y retrouve Joe Allston, croisé dans Vue cavalière, toujours aussi incertain, mécontent de sa vie, de sa civilisation comme de son métier et qui se cherche avec élégance, en des endroits où il n’est jamais allé. Cet insatisfait chronique s’est installé en pleine nature non loin de San Francisco pour y couler, avec sa femme, ce qu’il croit être des jours heureux…
Ce n’est pas pour rien que les romanciers de l’école du Montana, Jim Harrison en tête, considèrent Stegner comme la figure centrale de leur courant littéraire nourri des grands espaces de l’Ouest. »

Un roman d’une intensité crépitante.

NEW YORK TIMES BOOK REVIEW

À la fois ancré dans notre époque et intemporel.

CHICAGO TRIBUNE

Gatsby le magnifique saisit les années 1920 tout en les transcendant. La Vie obstinée est une réussite du même ordre pour les années 1960.

VIRGINIA QUARTERLY REVIEW

La Vie obstinée commence comme une comédie sur le choc des cultures et des générations, mais Stegner y mêle une dimension plus sombre qui en fait un roman mélancolique et poignant sur la famille, l’échec et la réussite, ainsi que sur le rapport de l’homme à la nature.

l’opinion


EAN 9782351788134

STEGNER Wallace (1909-1993), La vie obstinée est paru chez Gallmeister en 2002, dans une traduction d’Eric Chedaille. La version anglaise originale, All the Little Live Things était parue en 1967.

EN (US) > FR

EAN 9782351788134

448 pages

Disponible en grand format, ePub et poche.


Ce que nous en disons…

J’ai rarement rencontré de miroir plus pertinent des états d’âmes propres à mon âge. Vivifiant ! S’il est quelque part une virilité pudiquement révélée, c’est dans ces romans de STEGNER…

Patrick Thonart


Bonnes feuilles…

De plus en plus d’adultes deviendront des voyous, des criminels, et iront grossir les rangs de ceux qui n’ont rien. C’est chez eux que nos démagogues et nos romanciers tendront à aller puiser leurs valeurs, leur vision du monde et leur jargon. Dans un premier temps, on contribue à faire naître ces sous-cultures et ensuite, par un phénomène de culpabilité et de compassion, on les épouse.
— Alors là, je vous arrête !
— Pas question. N’oubliez pas : vous êtes tout ouïe. Donc, c’est par pitié qu’on s’y conforme, et c’est du fait de cette pitié que le processus fait boule de neige. Toute civilisation florissante comporte des perdants – une des raisons de son succès est qu’elle sait distinguer ses perdants de ses héros. Nous avons renoncé aux héros – ils en tiennent pour la réussite. Nous nous retrouvons donc avec de plus en plus de perdants, que nous imitons parce que nous n’avons pas le cœur à les débarquer tout à fait. Vous m’écoutez toujours ?
— Pas sans tiquer.
— Je sais. Vous êtes une personne compatissante.


L’auteur

© Leo Holub

[GALLMEISTER.FR] Wallace Stegner est né le 18 février 1909 à Lake Mills, dans l’Iowa. Romancier, nouvelliste, historien, professeur et militant écologiste, celui qu’on appelle souvent le « doyen des écrivains de l’Ouest » (« Dean of Western Writers ») s’est imposé aussi bien à travers ses textes de fiction que ses essais.

Pendant son enfance, il vit notamment à Great Falls, dans le Montana, puis à Eastend dans le Saskatchewan (Canada). De manière générale, il déménage beaucoup à travers les États de l’Ouest américain – il dit plus tard avoir vécu « à vingt endroits, dans huit États et au Canada ». Il passe cependant la plupart de ses étés plus à l’est : à Greensboro, dans le Vermont.

Il étudie d’abord à l’université d’Utah, où il obtient un Bachelor of Arts, puis fait son master et son doctorat à l’université d’Iowa. Une fois diplômé, il enseigne dans plusieurs universités, dont l’université du Wisconsin et Harvard, avant de créer un département de creative writing à Stanford, qu’il dirige de 1945 à 1972. On compte parmi ses élèves Larry McMurtry, Edward Abbey, Raymond Carver et Thomas McGuane.

C’est en 1937 qu’il publie son premier roman, Remembering Laughter. Il est suivi par trois autres, puis, en 1943, Wallace Stegner rencontre son premier succès critique et populaire avec La Montagne en sucre (The Big Rock Candy Mountain). Parmi ses romans les plus notables, on peut notamment citer The Preacher and the Slave (1950 – plus tard rebaptisé Joe Hill : A Biographical Novel), A Shooting Star (1961), L’Envers du Temps (Recapitulation – 1961), et En lieu sûr (Crossing to Safety – 1987).

Acclamé par la critique, Wallace Stegner est couronné par le Prix Pulitzer de la fiction en 1972 pour Angle of Repose (1971) et par le National Book Award en 1977 pour The Spectator Bird (1976).

Il s’est aussi consacré à des essais, abordant des sujets très variés. On trouve notamment, parmi ses textes de non-fiction, deux histoires de l’implantation des Mormons dans l’Utah, une biographie de l’explorateur et naturaliste John Wesley Powell, ainsi qu’une histoire des débuts de l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient. Engagé en faveur de l’environnement, il a co-fondé, en 1962, le Commitee for Green Foothills, une organisation non-gouvernementale qui agit au niveau local pour protéger les « collines, forêts, baies, marécages et zones côtières » de la péninsule de San Francisco. Le recueil Lettres pour le monde sauvage (2015) réunit douze de ses textes consacrés à des réflexions sur l’environnement et la nature.

Wallace Stegner décède le 13 avril 1993 des suites d’un accident de voiture à Santa Fe, au Nouveau-Mexique.

Pour en savoir plus, le site officiel de l’auteur : wallacestegner.org…


[INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources mentionnées dans le texte | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © sjquinney.utah.edu ; © Leo Holub.


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LABORDE et al. : Tarot de Marseille : Lumières du sacré (2024)

Ce qu’ils en disent…

[EDITIONS-TRAJECTOIRES.FR] Fruit d’une collaboration fructueuse entre une chercheuse, un artiste plasticien et une artiste peintre, le coffret que vous tenez entre vos mains est à plus d’un titre exceptionnel. À l’image des précieux manuscrits médiévaux, ce tarot de Marseille Lumières du Sacré propose de magnifiques cartes enluminées aux traits minutieux et aux dorures raffinées. Le texte savamment documenté sur cette tradition séculaire aux évocations ésotériques multiples prouve que le tarot de Marseille n’a pas fini de livrer tous ses secrets…Ce tarot à la dimension sacrée et poétique est le médium idéal pour réenchanter sa vie et parvenir à la réalisation de tous ses potentiels.


LABORDE Christiane, DARRAS Gaël & CAVERO Maryvonne, Tarot de Marseille : Lumières du sacré est paru chez Trajectoire en 2024, dans un coffret contenant également un jeu de tarot complet.

FR

EAN 9782841979004

320 pages


Ce que nous en disons…

L’ouvrage nous sert de référence dans notre comparatif des interprétations des arcanes du tarot

Patrick Thonart


Bonnes feuilles…

« L’arcane six du tarot de Marseille représente un jeune homme, surmonté d’un Cupidon ailé armé d’une flèche, face à deux jeunes femmes qui sollicitent, toutes les deux, son attention. La scène peut évoquer un épisode de la mythologie gréco-romaine connu sous le nom du choix d’Hercule. Une fois son éducation terminée, le jeune héros rencontre, à un croisement de routes, deux jeunes femmes, nommées Plaisir et Vertu. Plaisir incarne la recherche du plaisir des sens et de l’amour, source de satisfactions immédiates mais éphémères, et Vertu, la quête austère d’une gloire future. Hercule choisit de suivre Vertu et réalise les exploits qui assureront sa notoriété pour la postérité. Il fait ainsi un choix déterminant qui engage sa vie et sa destinée, ce qui correspond au message transmis par l’arcane de L’Amoureux. Certains tarots nomment parfois cet arcane Les Amants, représentés par un couple également surmonté d’un Cupidon. Mais que l’arcane mette en scène un jeune homme face à deux jeunes femmes ou un couple d’amoureux, l’arcane VI concerne toujours les relations amoureuses, d’autant que Cupidon est le fils de Vénus, la déesse de l’Amour.

L’enfant Bateleur est désormais devenu adolescent (même costume bariolé et même blondeur). Une fois son éducation achevée, il s’ouvre à la découverte de l’amour et choisit d’y consacrer sa vie.

Le nombre six

Étymologiquement, six et sexe ont la même racine. L’arcane six de L’Amoureux concerne le domaine de la vie amoureuse et inclut la sexualité, ce qui signifie que la voie du tarot n’est pas une voie d’ascétisme. Le message de l’arcane va cependant au-delà d’une simple incitation au plaisir des sens, car le nombre six est aussi le nombre dédié à l’harmonie, la beauté et l’amour.

Le nombre six est celui du sceau de Salomon. Il représente une étoile à six branches, constituée par l’imbrication de deux triangles inversés, dont l’un a la pointe orientée vers le haut et l’autre vers le bas. Cette figure géométrique, dont les représentations les plus anciennes datent de quatre mille ans avant notre ère, symbolise l’harmonisation des principes opposés obtenue par le dépassement des oppositions qui la constituent, particulièrement celles du masculin et du féminin. Une énergie nouvelle peut alors naître de leur complémentarité, comme l’union de l’eau et du feu libère l’énergie de la vapeur.

Interprétation symbolique de L’Amoureux

La connotation amoureuse de l’arcane six laisse penser que l’amour ouvre une voie vers un état de conscience supérieur. Lorsqu’il est sublimé, il devient un chemin vers le divin (y compris dans son aspect sexuel). C’est le message de l’amour courtois chanté par les troubadours du Moyen-Age et par les poètes de la Renaissance. Ils décrivent l’amour entre un homme et une femme comme le premier degré de la voie qui conduit à l’amour divin. C’est aussi le message transmis par le tantra, pratique initiatique sacrée à la fois physique et spirituelle. Cette conception de l’amour sert de terreau au message de L’Amoureux.

Invitation de L’Amoureux

Comme Pétrarque et Laure, Dante et Béatrice et, avant eux, les amants courtois de la fin’amor, L’ Amoureux du tarot est invité à s’engager, corps et âme, dans la voie de l’amour et à lui consacrer sa vie. Cet élan amoureux doit cependant être dépouillé de sa dimension possessive pour tendre vers une conception plus élevée de l’amour, seule capable de combler le besoin d’élévation et de fusion avec le divin qui s’exprime à travers lui.

Car l’expérience amoureuse rapproche l’être du mystère de la création. Elle ne se limite pas aux relations sexuelles, mais se caractérise par une ouverture du coeur. Elle invite à rechercher la beauté dans toutes les relations humaines et toutes les créatures vivantes – végétales et animales-, mais aussi dans les arts, la culture et tout ce qui élève l’âme et permet de cultiver l’harmonie, en soi et autour de soi.

Prière Navajo

Maintenant va de l’avant comme quelqu’un qui a la longue vie,
Va de l’avant comme quelqu’un qui est heureux,
Va avec le bonheur et la longue vie,
Va mystérieusement.

Pour les Indiens Navajos, marcher dans la beauté, principalement celle de la Nature, est un chemin spirituel, en harmonie avec l’Univers.

L’arcane affirme le libre arbitre de L’Amoureux qui, pour la première fois, choisit, en conscience, l’orientation qu’il veut donner à sa vie en s’engageant dans la voie de l’amour.

Ombre de L’Amoureux

L’amour conditionnel, la possessivité, la jalousie ou encore le chantage et la manipulation sont les manifestations de l’aspect négatif de L’Amoureux.

L’arcane peut suggérer l’immaturité affective (L’Amoureux est encore un adolescent). Cette absence de confiance en soi peut aussi révéler la peur d’aimer, par crainte de souffrir et empêcher de vivre des relations basées sur l’acceptation et le respect de l’autre, particulièrement dans la relation amoureuse.

L’Amoureux peut encore mettre en lumière les doutes qui empêchent de faire des choix engageant sa vie. Car tout choix entraîne un renoncement, et il ne peut exister de choix sans renoncement librement accepté – sous peine de frustration.

L’Amoureux et nous

L’Amoureux nous encourage à prendre nos décisions en conscience, dans l’ouverture du coeur, sans subir les influences de nos vies passées, de notre famille et de la société. Il nous invite à être libres et à vivre intensément en saisissant  toutes les opportunités de manifester les élans de notre coeur. De nos choix dépend notre progression.

Dans un tirage

Sens général

L’Amoureux est l’arcane du choix et de l’engagement. Lorsqu’il se présente dans un tirage, c’est pour indiquer que la personne se trouve devant la  nécessité de prendre une décision qui engage sa vie. Il peut s’agir d’une relation amoureuse, ou plus largement d’une situation où elle est invitée à suivre l’élan de son coeur et à rechercher ce qui peut lui procurer le plus de plaisir et de satisfaction.

Plan personnel

L’arcane de L’Amoureux invite à cultiver l’harmonie en soi, autour de soi et avec les autres, particulièrement dans ses relations amoureuses ce qui n’est possible que lorsgu’on a pacifié les conflits qui existent en soi. Pour aimer et accepter l’autre dans toute sa complexité, il faut d’abord s’aimer et s’accepter soi-même.

Plan spirituel

L’Amoureux invite à s’engager dans la voie de l’ouverture du coeur comme dans une voie spirituelle menant à la fusion avec les énergies supérieures de l’Amour et de la Beauté. »


Les auteurs

Christiane Albert Laborde pratique le tarot depuis plus de quarante ans et l’a enseigné pendant plusieurs années. Elle a mené parallèlement une carrière de Maître de Conférences puis de Professeur des Universités de littératures française et francophones d’abord en Afrique puis à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Ses recherches l’ont conduite à s’intéresser aux différentes traditions et mythologies du monde qui ont nourri sa connaissance de la richesse symbolique du tarot.

Gaël Darras. Artiste plasticien, Gael Darras est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Nantes. En 2019, il complète sa formation en étudiant au CITIL, une école fondée par le maître enlumineur Jean-Luc Leguay, sise au cœur du Musée Français de la Carte à Jouer à Issy-les-Moulineaux. Il y apprend entre autres la géométrie symbolique et développe en parallèle de celle-ci plusieurs projets d’illustration puisant directement dans ce savoir faire ancestral hérité de la tradition franciscaine.

Maryvonne Cavero est artiste-peintre. Elle enseigne la technique de l’aquarelle depuis plus de 30 ans. Son œuvre picturale, à la frontière de l’abstraction, est régulièrement exposée. Elle puise notamment son inspiration dans l’observation du végétal et du minéral, pour offrir des compositions colorées à la gestuelle libérée.


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    TOLKIEN : Le Seigneur des anneaux (3 tomes, 1954-1955)

    Ce qu’ils en disent…

    La dernière très forte impression de lecture que j’ai ressentie m’a été causée, il y a sept ou huit ans, par Le Seigneur des Anneaux, de Tolkien, où la vertu romanesque resurgissait intacte et neuve dans un domaine complétement inattendu.

    Julien Gracq

    TOME 1 – La fraternité de l’anneau

    [LIBREL.BE] Dans un paisible village du Comté, le jeune Frodon est sur le point de recevoir un cadeau qui changera sa vie à jamais : l’Anneau de Pouvoir. Forgé par Sauron au coeur de la Montagne du Feu, on le croyait perdu depuis qu’un homme le lui avait arraché avant de le chasser hors du monde. À présent, de noirs présages s’étendent à nouveau sur la Terre du Milieu, les créatures maléfiques se multiplient et, dans les Montagnes de Brume, les Orques traquent les Nains. L’ennemi veut récupérer son bien afin de dominer le monde ; l’OEil de Sauron est désormais pointé sur le Comté. Heureusement Gandalf les a devancés. S’ils font vite, Frodo et lui parviendront peut-être à détruire l’Anneau à temps.

    Chef-d’oeuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur.

    Cette traduction de Daniel Lauzon prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien.

    Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, ainsi que deux cartes en couleur de la Terre du Milieu et du Comté.

    TOME 2 – Les deux tours

    [LIBREL.BE] La Fraternité de l’Anneau poursuit son voyage vers la Montagne du Feu où l’Anneau Unique fut forgé, et où Frodo a pour mission de le détruire. Cette quête terrible est parsemée d’embûches : Gandalf a disparu dans les Mines de la Moria et Boromir a succombé au pouvoir de l’Anneau. Frodo et Sam se sont échappés afin de poursuivre leur voyage jusqu’au coeur du Mordor. À présent, ils cheminent seuls dans la désolation qui entoure le pays de Sauron – mais c’est sans compter la mystérieuse silhouette qui les suit partout où ils vont.

    Ce volume contient 16 illustrations d’Alan Lee, ainsi qu’une carte en couleur de la Terre du Milieu.

    TOME 3 – Le retour du roi

    [LIBREL.BE] La dernière partie du Seigneur des Anneaux voit la fin de la quête de Frodo en Terre du Milieu. Le Retour du Roi raconte la stratégie désespérée de Gandalf face au Seigneur des Anneaux, jusqu’à la catastrophe finale et au dénouement de la grande Guerre où s’illustrent Aragorn et ses compagnons, Gimli le Nain, Legolas l’Elfe, les Hobbits Merry et Pippin, tandis que Gollum est appelé à jouer un rôle inattendu aux côtés de Frodo et de Sam au Mordor, le seul lieu où l’Anneau de Sauron peut être détruit.

    Ce volume contient 15 illustrations d’Alan Lee, entièrement renumérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.


    Une intégrale en un volume est disponible depuis 2024…

    TOLKIEN John Ronald Reuel, Le Seigneur des anneaux (1954-1955) est paru chez Christian Bourgois en 2022, dans une nouvelle traduction de Daniel Lauzon, illustrée par Alan Lee.

    Tome 1 : La fraternité de l’Anneau (528 pages, 1954) ; Tome 2 : Les deux tours (432 pages, 1954) ; Tome 3 : Le retour du Roi (518 pages, 1955)

    EN (UK) > FR

    Disponible en grand format, eBook et poche.

    EAN 9782267046885

    EAN 9782267046892

    EAN 9782267046908

    L’auteur

    [CULTURE.ULIEGE.BE] John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973) est sans nul doute un des plus illustres collaborateurs scientifiques de l’Université de Liège.

    Élevé au rang de Docteur honoris causa à l’ULg en 1954, il était à l’époque connu et reconnu par le monde académique pour ses travaux de philologue, spécialisé dans le domaine des littératures vieil-anglaise et norroise, plutôt que pour le désormais célébrissime The Hobbit, publié dès 1937, et qui suscitait le plus souvent les quolibets de ses collègues médiévistes. Cela ne l’a pas empêché de diriger la thèse de doctorat de Simonne D’Ardenne (An Edition of The Life and the Passion of Saint Juliana, Université d’Oxford, 1936), qui fut nommée Professeur de grammaire comparée à l’ULg en 1938, et avec qui il continua de collaborer jusqu’au milieu des années cinquante.

    Quelques mois avant d’être honoré par l’ULg, Tolkien publie le premier volume de la trilogie du Seigneur des Anneaux, qui a donné ses lettres de noblesse à la fantasy et reste un des ouvrages les plus lus et les plus traduits au monde. D’aucuns prétendent qu’il est le livre le plus lu après la Bible ; il est en tous cas le plus populaire des livres du siècle dernier, avec plus de 150 millions d’exemplaires vendus depuis sa première parution.

    Michel Delville


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    [INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be ; uliege.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © ULiège ; © Christian Bourgois.


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    BRADBURY : Sauvage (2019)

    Ce qu’ils en disent…

    [LIBREL.BE] À dix-sept ans, Tracy sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités enneigées de l’Alaska. Amoureuse de la nature sauvage, elle possède un secret : un don hors norme, hérité de sa mère, qui la relie de façon unique aux animaux, mais peut-être aussi aux humains. Sa vie bascule le jour où un inconnu l’attaque en pleine forêt, puis disparaît. Quand Tracy reprend connaissance, couverte de sang, elle est persuadée d’avoir tué son agresseur. Ce lourd secret la hante jour et nuit, et lorsqu’un jeune homme à la recherche de travail frappe à leur porte, Tracy sent émerger en elle quelque chose de sauvage…


    EAN 9782351787540

    BRADBURY Jamey, Sauvage est paru en 2019 chez Gallmeister, Coll. Totem, dans une traduction de Jacques Mailhos.

    EN (US) > FR

    EAN9782351787540

    326 pages

    Disponible en grand format, ePub, livre audio et en poche.


    Ce que nous en disons…

    Il fut un temps où écrire « Femmes qui courent avec les loups » était une nécessité, car elles étaient nombreuses, celles qui avaient oublié leur héritage de sang et de puissance, leur connaissance intime de la rivière sous la rivière. Du coup, la psychanalyste et conteuse Clarissa Pincola Estés s’était fendue en 1996 d’un ouvrage fort utile, compilant 20 ans de recherche dans près de 500 pages, truffées de contes intrigants pour les femmes de l’époque, de légendes nées de la forêt ou du désert qu’elle connaît bien (elle est Mestiza Latina : métisse née d’un couple amérindien / hispano-mexicain), d’histoires collectées dans le monde entier et de rappels flamboyants à cette nature instinctive de la Femme que bien des couches de civilisation et d’oppression, voire… d’autocensure, ont hélas recouverte.

    Il y a eu un avant, il y a eu un après

    Après l’après (qui restait encore un temps où l’engagement pour la libération de la femme était d’actualité), il y a eu des jeunes auteures, fortes du combat de leurs mères (quelquefois accompagné par leurs pères, d’ailleurs), qui avaient intégré dans leur écriture cette puissance de la femme, où celle-ci n’était plus une question à débattre et illustrer mais, déjà, un ressort naturel de la narration. Sauvage (Paris, Gallmeister, 2019) est un de ces livres rafraîchissants, postérieurs (ou étrangers) à ces combats, un roman d’après-guerre… des sexes.

    Rafraîchissant‘ est par contre le pire terme pour évoquer ce roman initiatique, irrésistible de suspense et de densité sombre. Ainsi l’éditeur Gallmeister : « À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.« 

    Patrick Thonart


    Bonnes feuilles…

    « Vous avez beau vieillir, quel que soit l’âge que vous atteignez, vos parents l’auront atteint avant vous, seront déjà passés par là, et ça a quelque chose de réconfortant. Comme un sentier que vous ne connaissez pas, dans la forêt, sur lequel il y aurait des traces de pas qui vous diraient que quelqu’un l’a déjà emprunté. Jusqu’au jour où vous arrivez à l’endroit où ces traces s’arrêtent… »


    L’auteure…

    Comme l’écrit son éditeur Gallmeister : “Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest et vit en Alaska depuis quinze ans. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge. Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. Sauvage est son premier roman.


    En savoir plus…


    [INFOS QUALITE] statut : validé| mode d’édition : partage, recension, correction et iconographie | sources : librel.be ; Gallmeister | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, Brooke Taylor.


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